Art au Présent - 

La revue franco-suisse des arts de la scène -

Critique, dossier, entretien, Théâtre, Danse

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Western society 

Gob Squad

Critique

Marius Baulieu 

C’est notre coup de coeur unanime, c’est un chef d’oeuvre absolu, nous sommes tombés amoureux de Western Society de la compagnie allemande Gob Squad. 

Véritable collectif connu et reconnu outre-rhin, ils ne sont que trop peu connus en Francophonie, à tord ! 

Nous vous faisons découvrir cette pièce relevant du génie de l’art théâtral où jamais ce médium n’aura été aussi puissant. 

Découverte d’une pièce qui ouvre la voie du théâtre de demain…

Il est trop rare de sortir d’une pièce en étant rempli de toutes les émotions et en étant submergé par l’intelligence déployée par le dispositif scénique. Cette sensation d’être rempli de quelque chose qui nous dépasse.

 

Tout commence, compteur de temps projeté, il y a un million d’année. Les quatre performers entre chacun leur tour nus sur le plateau, puis s’habillent au fils des année de stras, mini shorts et jupes, lunettes bling bling… Léger arrêt en 1945, le compteur repart jusqu’en 2019 pendant que les comédiens installent un intérieur de maison. 

En adresse toujours directe avec le public, micro à l’appui, les comédiens alterneront entre l'anglais et l'allemand, sans qu'aucune partie des spectateurs qui ne comprend pas l'une des deux ne soit abandonnée.

Jouant avec ce jeu de langue, de choix de ce qu’il convient de traduire, de ne pas traduire, d’expliquer ou de laisser flou pour une partie du public, jamais une pièce étrangère sans sur-titre n’aura été si habilement menée.

Ils en viennent à expliquer leur travail de re ennactment. Une video youtube, d'une famille faisant un karaoké, publiée par erreur, vues 4 fois...

Les restrictions légales empêchent le Gob Squad de montrer la vidéo originale, sauf à une distance discrète. Au lieu de cela, suivant un plan de silhouette projeté sur un écran, les interprètes s'insèrent dans les formes et les mouvements de leurs prototypes.

 

 

Seulement ils sont 4, et les protagonistes de la videos sont 8. 8 spectacteurs sont choisit aléatoirement et de façon jubilatoire.  

On leur donne chacun un casque, où ils recevront les instructions de jeu. Puis par moment ce sera un comédien qui s’effacera légèrement pour donner directement des instructions aux acteurs d’un soir à l’aide d’un micro, inaudible du public. 

L’image de la famille est reconstituée, Et soudain, "Western Society" s'avère être plus qu'une projection.

Sean Patten imagine qu'il entre dans l'appartement de sa future fille de 7 ans. Bastian Trost met en scène une scène dans laquelle il fait jouer à un spectateur le rôle de son défunt père et s'excuse de ne pas comprendre la sexualité de son fils. Le spectateur jouant le père est amené à prendre la parole.

Ce soir là, le faux père avait 20ans, c’était comme si le comédien parlait au flash back de son père. 

Avec l'aide de deux spectateurs, Sharon Smith imagine une autre histoire personnelle dans laquelle son beau-père est son père biologique. 

 

A aucun moment, cette pièce n’aura la prétention de critiquer, ce sera une analyse sociologique des rapports entre ces différents membres de la famille, auquel s’ajoute le niveau amené par les comédiens sur le niveau du reennactment. 

 

Lorsqu’une video banale devient le sujet génial d’une analyse des rapports entre humains, lorsque la participation du public n’est jamais en manipulation, que les comédiens amènent réflexions, drôleries et sensibilités cela donne une pièce jouissive : c’est un chef d’oeuvre absolu.