Art au Présent - 

La revue franco-suisse des arts de la scène -

Critique, dossier, entretien, Théâtre, Danse

  • White Google+ Icon
  • Twitter Clean
  • Facebook Clean

RADIO VINCI PARK

Théo Mercier & François Chaignaud

Critique

Sofia El Katib

Dans l'espace d’un parking souterrain, lieu de tous les fantasmes liés à nos enfers contemporains de l'urbanisme, se déploie un inquiétant rituel motomachique.
Sur le son de Radio Vinci Park deux personnages, dont un motard, se livrent à un rituel - domptage, parade amoureuse, enlèvement, duel, agression... qui transforme le parking en arène.

Cependant face à la moto, la magnifique danse de François Chaignaud peine à faire face lors de ce duel en deux parties.  

" Le sous-sol d’un parking, c’est l’enfer moderne." 

A l'origine la pièce se déroulait dans un ancien parking re aménagé en salle de spectacle austère, mais pour la tournée à Lausanne, au théâtre de Vidy, le public était convié dans d'anciennes halles des Chemins de Fer Fédéraux.

Dans l'anti chambre de l'arène, les spectateurs sont conviés à écouter un clavecin et à déambuler au sein de l'exposition préparée par Théo Mercier. C'est tant un cabinet des curiosités, qu'un atelier, qu'un espace d'exposition... Puis la porte de l'arène s'ouvre, les spectateurs avancent dans ce lieu sombre et entourent l'espace scénique où est fièrement posée la moto et son motard de marbre. 

Au son du clavecin, François Chaignaud pénètre l'arène. Comme un toréador il va s'amuser à défier la moto en lui tournant autour.  Le rituel va se poursuivre, la danse sacrée de l'artiste semble intemporelle face à la monstruosité de l'engin.

François Chaignaud usera de tous les envoutements dont il est seul le maitre, pour tenter un dialogue Homme-Machine. 

La voix de François Chaignaud, ensorcelante, provoque par sa beauté le motard chevauchant patiemment sa monture. 

Puis c'est au tour de l'engin de faire son numéro, d'entrer en scène et de prendre vie, au risque d'ôter celle du danseur. 

Les vrombissements du moteur, les effluves d'essence envahissent l'espace du parking, la matière change, le poétique danseur se retrouve au sol quand la moto démarre. Il est comme épuisé et vaincu de son rituel. 

Le corps de François Chaignaud est trainé sur le sol par l'engin pendant plusieurs tours de piste, il ne chante plus, la moto est acteur de cette seconde partie qui semble montrer l'ascendant de la bête. 

La moto ira jusqu'à faire ressentir au public ce qu'éprouve Chaignaud au sol, en frôlant l'audience protégée par de maigres barrières. 

C'est une véritable Danse de mort que propose Théo Mercier et François Chaignaud dans ce dispositif original où jamais le spectateur n'est oublié et où François Chaignaud en dansant pour une moto sait aussi rendre ses mouvements d'une poésie qui vous touche au plus profond de vous même. 

Crée à la Ménagerie de Verre, Paris. 

Vu au théâtre de Vidy, Lausanne.