Art au Présent - 

La revue franco-suisse des arts de la scène -

Critique, dossier, entretien, Théâtre, Danse

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"NACHLASS - PIECES SANS PERSONNE" 

Rimini Protokoll - Stefan Kaegi & Dominic Huber

Critique

Marius Baulieu 

Avec cette création, le collectif berlinois nous invite à visiter les mausolées imaginaires de huit personnes aujourd'hui décédées. Quel héritage voulons-nous laisser après notre mort ? Immersion dans un théâtre documentaire.

Nachlass est avant tout une installation scénique où le spectateur circule librement.

Au bout d'un couloir, une pièce ovale, centrale, où tous les spectateurs se retrouvent, se croisent et se séparent. Au plafond, une carte du monde, un point lumineux surgit : une personne est morte à cet endroit. Les points se succèdent chaque seconde, c'est un ballet mondial, incessant et tourbillonnant de morts. 

Autour des spectateurs, huit espaces encore fermées par une porte automatique. Un décompte au dessus de chaque chambre prévient de son ouverture.

Par petits groupes, ils  vont  pénétrer dans cette succession de pièces sans personne, accueillis par la voix et les images de personnes défuntes  à ce jour.

Nous rendons visite à nos morts. 

Ces huit personnes, ont accepté de confier au metteur en scène leur rapport à la mort, à la disparition. Ils vont livrer au spectateur leurs pensées les plus intimes, ils vont retracer leur vie, et interagiront avec lui grâce aux éléments de décor ultra-réaliste de chaque chambre. Nous serons invité à ouvrir un tiroir, un carton, regarder une video...

Composées d'objets, ces espaces sont leurs traces matérielles, leurs voix-off soufflent leurs présences, ce sont des lieux avec une âme, un esprit. Nous sommes dans un théâtre où les vivants visitent les morts, et où les morts ne cessent de nous parler et de nous apprendre la vie.

 

Nous retiendrons de ce voyage les mots adressés en video par Alexandre Bergerioux à sa fille,boulversant de pudeur au travers de sa passion pour la pèche à la mouche, face à son corps rongé par une maladie incurable.

Ou le rêve non réalisé d'une mamie qui se voyait chanteuse, qui nous livre une chanson d'enfance qu'elle a accepté d'enregistrer pour l'occasion.  

Ou encore Gabrielle qui nous lègue des monceaux de cartons bourrés de documents que l'on peut regarder. Elle nous parle de sa fondation, destinée à aider les artistes africains qu’elle a côtoyés, lors de ses missions d’ambassadrice européenne :  "Cette chambre transmettra mon message et rendra mon départ plus facile."

Vu au Théâtre Vidy Lausanne, dans le cadre de  La Bâtie – Festival de Genève