Art au Présent - 

La revue franco-suisse des arts de la scène -

Critique, dossier, entretien, Théâtre, Danse

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La vie de galilee

Eric Ruf

Critique

Marius Baulieu

Eric Ruf signe pour cette fin de saison de la Comédie Française, la plus célèbre des pièces de Brecht : La vie de Galilée. Une pièce tournée vers le décentrement de l'homme dans un monde qui le dépasse. Mais Brecht ne s'arrête pas à la vie du scientifique et propose des pistes sur la réfutabilité d'une théorie scientifique, l'obscurantisme religieux ou encore sur le doute, ferment de la connaissance... Une pièce passionnante rassemblant l'ensemble des talents de la maison de Molière...

Chacun sa place et le monde tournera rond ! La religion reine du monde, pourvu qu'elle ne s'occupe pas de science... Bertold Brecht choisit en écrivant sur la vie de Galilée de dénoncer l'obscurantisme religieux et de rappeler l'importance du doute notamment en science. Une des pièces les plus passionnantes de l'auteur. 

En salle Richelieu, le rideau se lève, Galilée magnifiquement interprété par Hervé Pierre est dans son bain et discute avec son disciple Andréa des thèses de Copernic dont Galilée en a maintenant la preuve. La baignoire deviendra alors la terre et permettra à tout à chacun de comprendre la rotation de la terre autour du soleil. Plus tard, ce sera un bloc de glace qui sera plongé dans l'eau pour comprendre qu'il est capable de fendre l'eau, ou encore une aiguille qui flotte, mettant à mal les théorie d'Aristote, reconnues par l'Eglise. Par ces moments ludiques, le metteur en scène offre une démocratisation des thèses de Galilée, avec un Hervé Pierre d'une douce et malicieuse pédagogie. 

Eric Ruf signe une mise en scène classique qui permet une plongée en plein 17ème siècle, en voulant présenter ce que le Français fait de mieux, des ateliers de décors aux lumières en passant par les costumes. 

L'ensemble de ces corps de métiers rassemblé sur scène permet la création d'images dignent d'une peinture de la renaissance. 

Nous regretterons parfois une légère surabondance, notamment lorsqu'un cardinal est habillé étoffes après étoffes dix minutes durant avant de tourner sur lui même afin que les spectateurs puissent apprécier le costume. 

Hormis de légers surlignages, nous pouvons retenir de belles trouvailles. Lorsque les lumières de la salle Richelieu s'allument et que Galilée observe les étoiles à travers son télescope. Les chandeliers en guise d'étoiles, le plafonnier en lune. Un petit moment de poésie dans l'ici et maintenant du théâtre. 

En présentant de gigantesques toiles peintes religieuses, modifiant les différents espaces de la pièces, on pourrait penser qu'Eric Ruf a voulu montrer la suprématie de la religion face à la pauvreté de Galilée, laissant entendre que son combat était perdu d'avance. Mais non sans humour les costumes de derviches tourneurs des cardinaux, tournant sur eux même, viendront en contre point de cette apologie. 

En écrivant La vie de Galilée, Bertold Brecht nous parle du héros lui même en son temps mais il nous parle aussi bien sur de notre monde d'aujourd'hui.

Ce double niveau est le pari réussi d'Eric Ruf qui permet aux spectateurs de voir les échos contemporains de la pièce. L'importance du doute, de l'observation, la remise en question, la place de l'homme, la reconnaissance la vérité ... 

Une pièce portée par l'humilité que donne Hervé Pierre à son personnage, la douce naïveté qu'amène Jean Chevalier font du bien au coeur et nous en ressortons avec notre âme qui s'est un peu élevé de la bêtise humaine.