Art au Présent - 

La revue franco-suisse des arts de la scène -

Critique, dossier, entretien, Théâtre, Danse

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HATE

Laetitia SOSCH

Critique

Camille Winterthur

Elle est folle et on l'adore. Suite à un tournage aux Etats-Unis, Laetitia Dosch revient avec l'envie de jouer avec un cheval. Suivi par Vincent Baudrier, directeur du théâtre de Vidy-Lausanne, elle se lance dans ce pari fou de partager la scène avec un cheval. 

C'est une confrontation entre elle, Laetitia, femme qui approche de la quarantaine et Corazòn, le cheval. De cette confrontation née une réflexion sur notre mode de vie et de notre nécessité de détruire ou dominer tout ce que l’on aime.

«Hate» relève de la performance. Ses défauts n’en sont pas, ils témoignent au contraire de ce saut dans le vide d’un jeu avec l’animal.

Une pièce en duo

Laetitia Dosch et Corazòn jouent ensemble et on ne peut qu’être admiratif du travail accompli avec Judith Zagury (ndlr: école-atelier équestre Shanju), qui permet davantage au cheval de devenir véritablement acteur du spectacle sans le contraindre par des dressages traditionnels. Ce principe de « collaboration » avec le cheval étant basée sur une méthode non directive, Laetitia Dosch joue avec ce qu’il semble avoir plaisir à faire.

La pièce en est différente chaque soir, et Laetitia se laisse aller à des improvisations jouissives selon le bon vouloir de l'animal. 

"Ce qui est bien avec un cheval c’est qu’il ne vous contredit pas. Il faut juste anticiper ses réactions ou improviser avec ses caprices."

Toute la première partie du spectacle est consacrée à sa réflexion. «Devant une toile réaliste de paysage, je suis nue dans le sable rouge, à côté du cheval en stabulation libre, et je raconte des souvenirs, des sensations, comment je vois l’époque aussi. J’incarne un personnage perdu qui se pose une foule de questions.»

La comédienne, se pose des questions sur sa vie, notamment amoureuse, et image un idylle avec Corazòn, une romance assez désespérée mais pleine d’humour, arme favorite de l’artiste pour en découdre notre manière de vivre. De la déclaration aux crises, en passant par l’acte sexuel, tous les passages de  la vie amoureuse sont proposés. Retenons le cunnilingus effectué par Corazòn à la désespérée Laetitia Dosch.

L’illusion des échanges verbaux, avec une Laetitia Dosch ventriloque, renforce l’impassibilité réelle de Corazón, peu sensible à l’agitation d’une femme qui se bat contre ses démons et lutte à armes inégales contre son impuissance face à l’indifférence du monde.

Laetitia Dosch est décidément à part ! Voilà une artiste qui aime se mettre en danger et qui ne se repose pas sur ces acquis.